Oui, la micro-entreprise vous autorise à vendre sur Amazon
Le statut de micro-entrepreneur permet parfaitement de vendre sur Amazon, en gestion propre (FBM) comme en Expédié par Amazon (FBA). Amazon ne demande pas une forme juridique particulière : il exige une entreprise immatriculée, avec un numéro SIRET, une adresse et un compte bancaire. La micro-entreprise coche ces cases.
Concrètement, vous choisissez entre deux offres de compte vendeur. Le plan Individuel coûte 0,99 € par vente sans abonnement, adapté sous 40 ventes par mois. Le plan Professionnel coûte 39 € par mois hors commissions, rentable au-delà. À ces frais s'ajoute la commission de vente Amazon, en moyenne 15 % du prix de vente selon la catégorie.
Rien ne bloque donc le démarrage. La difficulté n'est pas administrative, elle est fiscale : le régime micro calcule votre impôt d'une façon qui pénalise l'achat-revente. C'est tout l'objet de cet article.
Mon conseil expert : ouvrez votre compte au bon nom dès le départ. Si vous démarrez en micro puis passez en société, ne créez jamais un second compte vendeur : Amazon suspendrait les deux. On fait évoluer l'entité juridique du compte existant. J'y reviens plus bas.
Les vrais atouts de la micro pour démarrer (et tester petit)
La micro-entreprise reste un excellent point de départ pour valider un produit. Son atout n'est pas fiscal, il est opérationnel : pas de bilan, pas d'expert-comptable obligatoire, des cotisations calculées en pourcentage du chiffre d'affaires encaissé, une déclaration en quelques clics sur le portail de l'URSSAF.
Cette simplicité a une vraie valeur quand vous ne savez pas encore si votre produit se vend. Vous testez une référence, vous mesurez la demande, vous ajustez, le tout sans structure lourde ni frais fixes de comptabilité.
La micro garde l'avantage dans trois cas précis :
- Vous testez à très petite échelle, sans stock immobilisé important.
- Votre marge est forte (un produit acheté 5 €, revendu 25 €), donc vos frais réels restent sous les 29 % que le forfait suppose.
- Vous vendez surtout du service ou du fait-main, avec peu d'achats à déduire.
Le problème arrive dès que vous faites de l'achat-revente classique en FBA, avec du stock, des commissions et de la publicité. Là, le calcul forfaitaire se retourne contre vous.
Piège n°1 : l'abattement de 71 % ignore vos frais réels
En micro-entreprise, le fisc ne regarde pas vos dépenses réelles : il applique un abattement forfaitaire de 71 % et impose les 29 % restants. Peu importe que vos vrais frais soient de 40 % ou de 90 % de votre chiffre d'affaires. Cet abattement forfaitaire, plafonné à un minimum de 305 € par an, remplace toute déduction de charges.
Attention à un piège de vocabulaire : en micro, on parle de deux « charges » qui n'ont rien à voir. Les charges sociales (les cotisations, 12,3 % du chiffre d'affaires en vente de marchandises) sont bien dues. Les charges déductibles (le stock, les commissions Amazon, le FBA, la publicité) ne sont, elles, jamais déduites. L'abattement forfaitaire est censé les couvrir en bloc.
Pour un vendeur Amazon, ce forfait de 29 % est irréaliste. Prenons Sofiane, vendeur FBA d'accessoires importés, 120 000 € de chiffre d'affaires sur l'année (montants hors taxe) :
| Poste | Montant | Part du chiffre d'affaires |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires (ventes) | 120 000 € | 100 % |
| Achat du stock vendu | 48 000 € | 40 % |
| Commissions Amazon (environ 15 %) | 18 000 € | 15 % |
| Frais FBA et stockage | 18 000 € | 15 % |
| Publicité Sponsored Products | 9 600 € | 8 % |
| Autres frais (outils, compta) | 6 000 € | 5 % |
| Bénéfice réel | 20 400 € | 17 % |
En micro, le fisc retient 29 % de 120 000 €, soit 34 800 € de bénéfice imposable. Sofiane est donc imposé sur 34 800 € alors qu'il n'a réellement gagné que 20 400 €. Il paie de l'impôt et des cotisations sur environ 14 400 € de profit qui n'existent pas. À cela s'ajoutent les cotisations sociales, calculées sur le chiffre d'affaires brut : 12,3 % de 120 000 €, soit près de 14 760 €.
Point de vigilance : la micro ne connaît pas la notion de perte. Même une année où vos dépenses dépassent vos recettes, le fisc retient 29 % de votre chiffre d'affaires comme bénéfice. Vous pouvez payer de l'impôt une année où vous avez réellement perdu de l'argent.
Le bon réflexe : avant de choisir, calculez la rentabilité réelle de votre boutique sur trois mois. Si vos frais dépassent 30 % du chiffre d'affaires (quasi systématique en FBA), l'abattement de 71 % travaille contre vous, et la question micro ou société pour vendre sur Amazon mérite un vrai chiffrage.
Piège n°2 : la TVA d'import que vous ne récupérez pas
Tant que vous êtes en franchise en base de TVA, vous ne facturez pas de TVA à vos clients, mais vous ne récupérez pas non plus celle que vous payez sur vos achats. Cette TVA non récupérée devient un coût sec qui gonfle votre prix de revient.
Précisons le terme : la franchise en base de TVA (à ne pas confondre avec une franchise de réseau commercial) est le régime qui dispense de facturer et de déclarer la TVA sous un certain seuil. Son revers : aucune récupération.
Pour un importateur, l'effet est lourd. Si Sofiane achète 48 000 € de stock en Chine, il paie la TVA à l'importation (20 %, soit 9 600 €) au moment du dédouanement. Depuis 2022, cette TVA d'import s'autoliquide obligatoirement sur la déclaration CA3, mais un micro-entrepreneur en franchise la déclare sans jamais la déduire. Ces 9 600 € restent à sa charge.
La même logique s'applique à la TVA sur les commissions Amazon, la publicité, les outils logiciels. Une société assujettie récupère toute cette TVA. Le micro en franchise la perd.
Focus : quand vous obtenez un numéro de TVA intracommunautaire en passant au régime réel, la TVA sur vos achats et vos imports devient déductible. Pour un vendeur avec beaucoup d'achats, ce gain compense souvent largement l'obligation de facturer la TVA. Certains choisissent même d'y passer volontairement avant le seuil.
Piège n°3 : le seuil de TVA tombe avant le plafond micro
Deux seuils portent le surnom de « plafond de la micro », et tout le monde les confond. L'un décide si vous restez en micro-entreprise. L'autre décide si vous facturez la TVA. Ils sont à des niveaux différents, et pour un vendeur de produits, c'est le second qui tombe en premier.
Voici les chiffres 2026, vérifiés sur les barèmes officiels de la micro-entreprise (les valeurs qui circulent sur beaucoup de blogs sont périmées) :
| Plafond du régime micro | Seuil de franchise de TVA | |
|---|---|---|
| Ce qu'il déclenche | sortie de la micro vers le réel | facturation et reversement de la TVA |
| Marchandises | 203 100 € | 85 000 € (base), 93 500 € (majoré) |
| Services | 83 600 € | 37 500 € (base), 41 250 € (majoré) |
| Qui gère | régime fiscal et social du micro-entrepreneur | administration de la TVA |
| Effet sur l'autre | aucun | aucun |
Dépasser le seuil de TVA ne vous fait pas sortir de la micro. Vous restez micro-entrepreneur, avec son abattement et ses cotisations simplifiées : vous ajoutez seulement la TVA par-dessus. On peut donc être en micro et redevable de la TVA en même temps.
Attention au seuil majoré : il réserve une surprise. Franchissez 93 500 € en cours d'année, et la TVA s'applique dès le jour du dépassement, sur l'opération qui passe le seuil et sur les suivantes. Prenez un vendeur qui monte de 92 000 € à 94 000 € un 18 novembre : il devient redevable immédiatement, sans attendre le 1er janvier.
Important : le projet de seuil unique de franchise de TVA à 25 000 €, annoncé dans la loi de finances 2025, a été définitivement abandonné par la loi du 3 novembre 2025. Les seuils de franchise 2026 restent 85 000 / 93 500 € en marchandises. Si une source annonce 25 000 €, elle est fausse.
Le détail du fonctionnement, des seuils majorés et des conséquences d'un dépassement est traité dans notre leçon dédiée aux deux seuils de la micro.
Le piège que personne ne voit : votre stock FBA à l'étranger
Dès qu'Amazon stocke vos produits dans un entrepôt situé hors de France, vous pouvez déclencher une obligation d'immatriculation à la TVA dans ce pays, indépendamment de votre chiffre d'affaires. Ce point échappe à la quasi-totalité des guides, et il piège les vendeurs qui activent le programme paneuropéen ou le réseau EFN sans le savoir.
La mécanique est simple. La détention de stock dans un pays crée un « établissement » au sens de la TVA locale. L'Allemagne, l'Italie, la Pologne ou l'Espagne exigent alors une immatriculation, même si vous vendez peu et même si vous êtes en franchise française. Le seuil français de 85 000 € ne vous protège pas : il ne vaut que pour la France.
Pour un micro-entrepreneur, c'est un vrai réveil. Vous pensiez rester sous les radars grâce à la franchise, et vous vous retrouvez avec des obligations déclaratives dans deux ou trois pays. C'est précisément le type de situation où la TVA sur vos ventes Amazon devient un sujet à part entière, à cadrer avant d'activer le stockage multi-pays.
Point de vigilance : avant de cocher « paneuropéen » dans Seller Central, vérifiez où Amazon compte stocker vos produits. Un carton envoyé dans un entrepôt allemand suffit à créer une obligation TVA en Allemagne. On règle ce point en amont, pas après avoir reçu un courrier de l'administration étrangère.
Vos obligations concrètes en micro sur Amazon
Vendre sur Amazon en micro impose un socle d'obligations simples mais non négociables. Les voici, dans l'ordre où elles vous concernent.
- SIRET : obligatoire pour ouvrir votre compte vendeur professionnel. Il s'obtient à la création de la micro via le Guichet unique de l'INPI.
- Mention de franchise sur vos factures : tant que vous ne facturez pas la TVA, vos documents portent la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI ». Son oubli est une erreur fréquente.
- Livre des recettes et registre des achats : vous tenez la trace de vos encaissements et, en achat-revente, de vos achats. C'est le minimum comptable exigé en micro.
- Compte bancaire dédié : obligatoire dès que votre chiffre d'affaires dépasse 10 000 € deux années de suite.
- Numéro de TVA intracommunautaire : nécessaire dès que vous devenez redevable, ou pour certains achats de services auprès d'Amazon.
Il faut aussi anticiper la DAC7. Depuis cette directive européenne, Amazon transmet chaque année à l'administration fiscale l'identité et les revenus des vendeurs qui dépassent 30 ventes ou 2 000 € sur l'année, avant le 31 janvier suivant. Autrement dit, le fisc connaît votre chiffre d'affaires Amazon. Déclarer l'intégralité de vos recettes n'est pas une option.
Mon conseil expert : gardez chaque justificatif d'achat dès le premier euro, même en micro où vous ne déduisez rien. Le jour où vous passez en société, ces factures deviennent déductibles et vous permettent de récupérer la TVA. Un historique propre fait gagner des milliers d'euros au moment de la bascule.
Micro ou société : à partir de quand la micro devient un piège
La micro vous coûte de l'argent dès que vos charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire, soit plus de 29 % de frais en achat-revente. En FBA, ce seuil est franchi presque immédiatement. Plusieurs signaux annoncent qu'il est temps de basculer :
- Vos frais réels dépassent 29 % du chiffre d'affaires : vous payez de l'impôt sur un bénéfice fantôme.
- Vous importez du stock et payez de la TVA à l'entrée : la société la récupère, la micro la perd.
- Vous approchez le plafond de 203 100 € : autant choisir le moment de la bascule plutôt que le subir.
- Vous voulez embaucher, vous associer ou lever des fonds : la micro ne le permet pas.
La bascule se prépare. Vous créez la société (EURL ou SASU), vous déclarez la cessation de la micro, puis vous transférez l'activité. L'étape la plus délicate est le compte Amazon : on ne crée jamais un second compte, on fait évoluer l'entité juridique du compte existant via le support. La procédure complète est détaillée dans notre leçon sur le passage de la micro à la société, et la configuration du compte vendeur est traitée dans ouvrir votre compte vendeur au nom de la société.
Focus : il n'existe pas de seuil universel de bascule. Avec une marge nette de 15 à 20 % typique du FBA, l'écart penche pour la société dès quelques dizaines de milliers d'euros de chiffre d'affaires. Le bon indicateur, c'est votre marge, pas votre chiffre d'affaires.
Micro ou société : faites chiffrer votre cas
La micro-entreprise est un bon tremplin pour tester, rarement le bon statut pour passer à l'échelle en FBA. L'écart entre les deux régimes dépend de votre marge, de votre volume d'import et de votre tranche d'imposition : il se calcule, il ne se devine pas.
Chez Eurofiscalis, on chiffre votre cas réel (micro contre société, impôt sur le revenu contre impôt sur les sociétés, récupération de TVA) avant de décider, et on sécurise la bascule du compte Amazon quand elle s'impose.
Prenez rendez-vous avec un spécialiste →
Article revu par Jimmy Sagnier, consultant fiscaliste Eurofiscalis. Chiffres 2026 vérifiés sur service-public.gouv.fr, impots.gouv.fr, urssaf.fr et douane.gouv.fr.
Questions fréquentes
Peut-on vendre sur Amazon sans être auto-entrepreneur ?
Non, pas de façon durable. Vendre en tant que professionnel sur Amazon exige une entreprise immatriculée avec un SIRET. La micro-entreprise est la forme la plus simple pour démarrer. Vendre régulièrement sans structure vous expose à une requalification et à un redressement, d'autant que la DAC7 signale vos revenus au fisc.
Un auto-entrepreneur facture-t-il la TVA sur Amazon ?
Non, tant que vous restez sous le seuil de franchise (85 000 € en marchandises en 2026). Vos factures portent alors la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI ». Au-delà du seuil, vous devenez redevable : vous facturez la TVA, vous la reversez, mais vous récupérez aussi celle de vos achats grâce à votre numéro de TVA intracommunautaire.
Quel est le plafond de chiffre d'affaires pour vendre sur Amazon en micro ?
Le plafond du régime micro est de 203 100 € en achat-revente pour 2026 (valable jusqu'en 2028). Au-delà, sur deux années consécutives, vous quittez la micro pour le régime réel. Ce plafond ne doit pas être confondu avec les plafonds de la micro et la franchise de TVA, bien plus bas.
Peut-on récupérer la TVA à l'import en micro-entreprise ?
Non. En franchise en base, vous payez la TVA à l'importation mais vous ne la déduisez jamais. Elle devient un coût sec. Pour la récupérer, il faut passer au régime réel, souvent en créant une société. C'est un facteur décisif pour les importateurs de stock.
La micro-entreprise est-elle rentable pour un vendeur Amazon FBA ?
Rarement en achat-revente avec du stock. L'abattement de 71 % suppose 29 % de marge, alors que les frais FBA (stock, commissions, publicité) dépassent souvent 80 % du chiffre d'affaires. Vous êtes imposé sur un bénéfice supérieur à votre profit réel. Pour trancher, comparez votre bénéfice réel au forfait de 29 %.
Quand faut-il passer de la micro à une société ?
Dès que vos frais réels dépassent 29 % de votre chiffre d'affaires, que vous importez du stock, ou que vous approchez le plafond micro. Le passage se prépare, notamment le transfert du compte Amazon. Voir notre guide sur passer de la micro à la société.