Qu'est-ce que le régime simplifié de TVA (RSI-TVA) ?
Le régime réel simplifié de TVA est un régime déclaratif qui permet à une entreprise de ne déposer qu'une seule déclaration de TVA par an, en versant deux acomptes en cours d'année. C'est un régime allégé, pensé pour réduire la charge administrative des petites structures, par opposition au régime réel normal et à ses déclarations mensuelles.
Comment il fonctionne aujourd'hui
Jusqu'au 31 décembre 2026, une entreprise au régime simplifié dépose une déclaration annuelle CA12 (formulaire n°3517) au printemps, généralement avant début mai. En cours d'année, elle verse deux acomptes semestriels calculés sur la TVA de l'exercice précédent : 55 % en juillet et 40 % en décembre. La CA12 sert ensuite à liquider la TVA réellement due sur l'année et à régulariser ces acomptes, en payant le solde ou en constatant un crédit.
Ce régime s'applique en 2026 sous trois conditions cumulatives :
- un chiffre d'affaires qui ne dépasse pas 945 000 € pour les activités de vente de biens, de restauration ou d'hébergement ;
- ou 286 000 € pour les prestations de services ;
- et une TVA exigible l'année précédente inférieure à 15 000 €.
Au-delà de ces plafonds, l'entreprise relève déjà du régime réel normal.
Régime simplifié, réel normal, franchise en base : ne pas confondre
Il existe aujourd'hui trois situations distinctes vis-à-vis de la TVA, à ne pas mélanger :
- La franchise en base : l'entreprise ne facture pas de TVA et n'en déclare pas, sous les seuils de franchise. Elle n'est pas concernée par la réforme de 2027.
- Le régime réel simplifié (RSI) : une CA12 annuelle et deux acomptes. C'est ce régime qui disparaît.
- Le régime réel normal : une déclaration CA3 au mois ou au trimestre. C'est le régime cible à partir de 2027.
la réforme de 2027 ne touche que le régime réel simplifié. Elle n'a rien à voir avec le débat sur l'abaissement de la franchise en base à 25 000 €, qui est un sujet distinct et a été suspendu. Si vous êtes en franchise en base aujourd'hui, la suppression du RSI ne vous concerne pas directement.
Ce qui change au 1er janvier 2027
À compter du 1er janvier 2027, le régime réel simplifié de TVA est purement et simplement supprimé. Cette suppression est actée par l'article 38 de la loi de finances pour 2025 (loi n°2025-127 du 14 février 2025). Il ne restera plus qu'un seul régime déclaratif : le régime réel normal.
Ce qui disparaît
Trois éléments du quotidien des entreprises au simplifié disparaissent :
- la déclaration annuelle CA12 et son formulaire n°3517 ;
- les deux acomptes semestriels de juillet et décembre ;
- la condition de TVA exigible inférieure à 15 000 €, ainsi que la distinction entre vente de biens et prestations de services pour l'éligibilité.
Ce qui remplace
À la place, toutes les entreprises concernées basculent sur la déclaration CA3 (formulaire n°3310), la même que celle du régime réel normal, déposée en ligne au mois ou au trimestre. Chaque déclaration reflète la TVA réellement collectée et la TVA déductible de la période. Fini le calcul d'acomptes forfaitaires : vous déclarez et payez la TVA sur vos opérations réelles, période après période.
la bascule est automatique. Vous n'avez aucune démarche d'inscription à effectuer auprès du service des impôts des entreprises. Le changement de régime s'opère de plein droit au 1er janvier 2027.
Suis-je concerné ? Les seuils de TVA à partir de 2027
Vous êtes concerné si votre entreprise est aujourd'hui au régime réel simplifié. En pratique, tout dépend désormais d'un seuil unique de chiffre d'affaires, quel que soit votre secteur d'activité.
Le seuil unique de 1 000 000 €
À partir de 2027, un seuil unique de 1 000 000 € de chiffre d'affaires hors taxes (avec une tolérance de 1 100 000 € en cours d'année) remplace les deux anciens seuils différenciés biens/services. Ce seuil ne détermine plus votre appartenance à un régime, puisqu'il n'y a plus qu'un régime, mais votre rythme de déclaration : trimestriel en dessous, mensuel au-dessus.
Ce chiffre d'affaires ne se limite pas à vos ventes internes. Il s'apprécie sur le chiffre d'affaires au sens de la franchise en base, majoré des acquisitions intracommunautaires, des importations, des sorties de régimes suspensifs et des opérations en autoliquidation.
pour un vendeur e-commerce, le chiffre d'affaires déclaré via le guichet unique OSS entre dans le calcul de ce seuil de 1 000 000 €. Un vendeur qui réalise 300 000 € de ventes taxées en France et 900 000 € de ventes à distance déclarées en OSS atteint 1 200 000 € : il bascule donc au rythme mensuel, même si sa CA3 française porte sur des montants bien plus faibles. C'est l'erreur d'appréciation la plus fréquente sur ce sujet.
Bonne nouvelle pour vos projections : ce seuil est figé pour 2027, 2028 et 2029. La première révision n'interviendra qu'au 1er janvier 2030, indexée sur l'inflation hors tabac (indice INSEE des prix à la consommation des ménages, France entière) et arrondie au millier d'euros le plus proche, selon la même mécanique que les seuils de la franchise en base. Vous disposez donc d'une visibilité parfaite pendant trois ans.
Le cas des vendeurs étrangers non établis : rien ne change
Si vous pilotez une société étrangère non établie en France, immatriculée à la TVA française via un numéro de TVA ou un représentant fiscal, cette réforme ne vous concerne pas. Les assujettis non établis n'ont jamais eu accès au régime simplifié : ils relèvent déjà du régime réel normal et déposent une CA3 mensuelle. Votre calendrier déclaratif reste strictement identique après le 1er janvier 2027.
sur le terrain, je vois souvent des vendeurs internationaux s'inquiéter en lisant les alertes des cabinets français sur cette réforme. Si votre société n'est pas établie en France, respirez : vous êtes déjà au réel normal, rien ne bouge pour vous. La vraie transition concerne les entreprises françaises établies aujourd'hui au simplifié.
CA3 mensuelle ou trimestrielle : quel rythme pour votre e-commerce ?
Le passage au réel normal ne signifie pas forcément une déclaration tous les mois. Le rythme dépend de votre chiffre d'affaires global.
Voici ce qui change dans votre pratique déclarative :
| Avant 2027 (régime simplifié) | À partir de 2027 (réel normal) | |
|---|---|---|
| Déclaration | 1 CA12 par an (n°3517) | CA3 mensuelle ou trimestrielle (n°3310) |
| Paiement | 2 acomptes (55 % / 40 %) + solde | TVA réelle de chaque période |
| Base de calcul | TVA de l'année précédente | TVA réellement collectée et déductible |
| Nombre de dépôts par an | 1 déclaration + 2 acomptes | 4 (trimestriel) ou 12 (mensuel) |
Concrètement, deux profils se dessinent :
- Chiffre d'affaires global inférieur ou égal à 1 000 000 € : vous déclarez au trimestre, de plein droit. Vous pouvez opter pour le mensuel si vous le souhaitez (option valable au moins un an).
- Chiffre d'affaires supérieur à 1 000 000 € : vous déclarez au mois. Si vous franchissez la tolérance de 1 100 000 € en cours d'année, le passage au mensuel s'applique dès le mois de dépassement.
beaucoup de vendeurs voient la déclaration mensuelle comme une contrainte. Pour un e-commerçant en crédit de TVA permanent, c'est souvent l'inverse. Opter pour le mensuel quand on est structurellement en crédit permet de récupérer sa trésorerie douze fois par an au lieu d'attendre. J'y reviens juste après.
Impact trésorerie : la fin des acomptes semestriels
C'est le vrai sujet de fond de cette réforme. En supprimant les acomptes, on supprime l'effet de lissage que beaucoup de dirigeants utilisaient comme un amortisseur de trésorerie.
Attention à ne pas confondre deux notions qui portent le même mot. L'acompte semestriel de TVA du régime simplifié (55 % en juillet, 40 % en décembre) n'a rien à voir avec l'acompte de facturation que vous versez à un fournisseur. C'est bien le premier qui disparaît en 2027.
Jusqu'ici, vos acomptes étaient calculés sur la TVA de l'année précédente, sans lien avec votre activité réelle de l'année en cours. À partir de 2027, votre TVA suit votre activité en temps réel, période par période. Pour une entreprise qui collecte beaucoup de TVA, cela demande une discipline de trésorerie accrue : plus de report du paiement sur la régularisation annuelle.
Mais pour un profil e-commerce, l'effet peut être favorable. Prenons un cas concret.
un vendeur Amazon FBA importe des marchandises et paie de la TVA à l'import, tout en réalisant une part importante de ventes à l'export ou en autoliquidation. Résultat : il est en crédit de TVA structurel, l'État lui doit de l'argent en permanence. Sous le régime simplifié, il devait attendre la régularisation annuelle, soit jusqu'à mai de l'année suivante, pour imputer et demander le remboursement de ce crédit. Avec la CA3, il peut le faire chaque trimestre, voire chaque mois sur option. Sur un crédit de TVA de plusieurs dizaines de milliers d'euros, l'écart de trésorerie se compte en mois de délai gagné.
le vrai levier de trésorerie à l'import reste l'autoliquidation de la TVA à l'importation, obligatoire et automatique depuis 2022, qui vous évite d'avancer la TVA en douane. La CA3 s'articule parfaitement avec ce mécanisme : la TVA à l'import se déclare et se déduit sur la même déclaration. La suppression du régime simplifié ne remet rien en cause sur ce point, elle accélère juste le rythme.
Vendre à l'international : OSS, import et facturation électronique
Pour un vendeur transfrontalier, la CA3 ne vit pas seule. Elle s'inscrit dans un écosystème déclaratif qu'il faut garder cohérent.
L'OSS reste séparé de la CA3
Le guichet unique OSS sert à déclarer vos ventes à distance B2C intra-UE. Il reste une déclaration distincte, trimestrielle, déposée sur son propre portail. La suppression du régime simplifié ne le modifie pas : vous continuerez à avoir, d'un côté, votre CA3 pour vos opérations taxables en France, et de l'autre, votre déclaration OSS pour vos ventes à distance européennes. Deux déclarations, deux calendriers.
La subtilité, on l'a vu, c'est que le chiffre d'affaires OSS compte dans le seuil de 1 000 000 € qui détermine si votre CA3 est mensuelle ou trimestrielle. Séparé pour la déclaration, mais additionné pour le seuil.
Le lien avec la facturation électronique
La réforme de 2027 arrive en même temps que la montée en charge de la facturation électronique obligatoire en France. Les deux calendriers convergent : d'un côté vous généralisez la CA3 et le suivi de TVA au fil de l'eau, de l'autre vos factures deviennent électroniques et vos données de transaction remontent à l'administration. Autant traiter les deux chantiers ensemble plutôt que séparément, car ils reposent sur le même socle : une comptabilité de TVA propre et à jour en continu.
si vous vendez sur des marketplaces, cartographiez d'abord tous vos flux avant de choisir votre rythme déclaratif. Entre la TVA collectée par la plateforme, la TVA sur vos ventes en marketplace, vos ventes OSS et vos ventes locales, le calcul du seuil de 1 000 000 € réserve parfois des surprises. C'est exactement le type d'audit que nous menons en amont de la bascule.
Votre calendrier 2027 et comment vous préparer
La transition se joue sur un chevauchement temporaire : vous clôturez le passé sous l'ancien régime tout en gérant le présent sous le nouveau. Voici votre calendrier concret pour le premier semestre 2027.
| Échéance | Déclaration à souscrire | Ce qu'elle couvre |
|---|---|---|
| Février 2027 | CA3 (profil mensuel) | TVA réelle de janvier 2027 |
| Mars 2027 | CA3 (profil mensuel) | TVA réelle de février 2027 |
| Avril 2027 | CA3 mensuelle ou trimestrielle | TVA de mars 2027 ou du 1er trimestre 2027 |
| Mai 2027 | Dernière CA12 (n°3517) | Régularisation globale de 2026 (déduction des acomptes de juillet et décembre 2026) |
Deux repères à retenir :
- Vous déposez une dernière CA12 en mai 2027 au titre de l'exercice 2026. C'est elle qui liquide définitivement la TVA de 2026 et régularise vos deux acomptes versés en juillet et décembre 2026. Vous payez le solde ou constatez un crédit.
- Votre première CA3 intervient en février 2027 si vous êtes au mensuel (elle couvre janvier), ou en avril 2027 si vous êtes au trimestriel (elle couvre le 1er trimestre).
le début 2027 peut créer un effet de cumul de trésorerie. Vous pouvez avoir à payer, sur la même période, vos premières CA3 courantes ET le solde de votre dernière CA12 de régularisation en mai. Ce télescopage doit être anticipé dans votre plan de trésorerie du premier semestre, sous peine de tension inutile.
Pour aborder la bascule sereinement, votre feuille de route :
- Soldez proprement 2026 : acomptes de juillet et décembre, puis dernière CA12 en mai 2027.
- Calculez votre chiffre d'affaires global (ventes France + OSS + opérations majorées) pour connaître à l'avance votre périodicité 2027.
- Choisissez ou optez : trimestriel par défaut, ou mensuel sur option si vous êtes en crédit de TVA permanent.
- Adaptez votre outil comptable pour produire une CA3 fiable au mois ou au trimestre.
- Anticipez votre trésorerie du premier semestre 2027, en tenant compte de l'effet de cumul.
Si votre exercice comptable ne coïncide pas avec l'année civile (clôture au 31 mars par exemple), la transition se fait non pas au 1er janvier, mais au premier jour de l'exercice ouvert après le 31 décembre 2026.
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Questions fréquentes
Le régime simplifié de TVA est-il vraiment supprimé en 2027 ?
Oui. L'article 38 de la loi de finances pour 2025 supprime le régime réel simplifié de TVA au 1er janvier 2027. La déclaration annuelle CA12 et les acomptes semestriels disparaissent, remplacés par la déclaration CA3 mensuelle ou trimestrielle du régime réel normal.
Qui est concerné par la fin du régime simplifié de TVA ?
Les entreprises françaises aujourd'hui au régime réel simplifié. Les bénéficiaires de la franchise en base ne sont pas concernés. Les sociétés étrangères non établies non plus : elles sont déjà au régime réel normal avec une CA3 mensuelle.
CA3 mensuelle ou trimestrielle : quelle règle s'applique ?
Vous déclarez au trimestre si votre chiffre d'affaires global reste inférieur ou égal à 1 000 000 € (tolérance 1 100 000 € en cours d'année), au mois au-delà. L'option pour le mensuel est possible et souvent intéressante si vous êtes en crédit de TVA permanent.
Le chiffre d'affaires OSS compte-t-il dans le seuil de 1 000 000 € ?
Oui. Le chiffre d'affaires déclaré via le guichet unique OSS entre dans le calcul du seuil qui détermine votre périodicité. Un e-commerçant multi-pays doit additionner ses ventes France et ses ventes OSS pour savoir s'il déclare au mois ou au trimestre.
Quand dois-je déposer ma dernière CA12 et ma première CA3 ?
Votre dernière CA12, au titre de 2026, se dépose en mai 2027. Votre première CA3 arrive en février 2027 si vous êtes au mensuel (elle couvre janvier), ou en avril 2027 si vous êtes au trimestriel (elle couvre le 1er trimestre).
La suppression du régime simplifié change-t-elle ma TVA à l'import et mon OSS ?
Non sur le fond. L'autoliquidation de la TVA à l'import et le guichet unique OSS restent en place. La CA3 s'articule avec l'autoliquidation à l'import et cohabite avec l'OSS. Sur vos ventes de plateformes, pensez à cadrer la TVA sur vos ventes en marketplace avant de calculer votre seuil.
Dois-je anticiper la facturation électronique en même temps ?
Oui, c'est même recommandé. Le calendrier de la facturation électronique obligatoire converge avec cette réforme. Les deux reposent sur une comptabilité de TVA à jour en continu, autant traiter les deux chantiers ensemble.
Pays concernés